mardi 25 mars 2008

Jeux dangereux?



En être ou pas? Avoir confiance dans le sport pour délier les langues, éveiller les consciences et dérider le régime chinois?
A cinq mois des J.O. le monde sportif se retrouve interpellé à propos d'un thème qu'il ne maitrise pas et dont il préfère se protéger. Quelques pistes de réflexion.

En juillet 2001 lorsque le C.I.O. attribue les Jeux à Pékin, Jacques Rogge fraichement élu à la tête du mouvement olympique affirme qu'il interviendra dès que les libertés fondamentales seront remises en cause par les autorités chinoises. Sept ans plus tard, il doit composer avec l'héritage du Marquis Samaranch qui désireux de marquer un peu plus l'histoire de l'olympisme avait choisi de confier les Jeux à la Chine jusque là ignorée par les grandes compétitions sportives. Malheureusement, dans une institution monolithique dont les us et coutumes s'accordent mal avec les pratiques démocratiques, Rogge s'est vu contrer par la réalité comptable du C.I.O. pour qui les Jeux à Pékin représente une manne financière colossale. L'attitude actuelle du Président Rogge tranche avec l'espoir de renouveau qu'il représentait en 2001.

Les opposants au boycott affirment que les Jeux donnent à la Chine un moyen d'ouverture et citent en exemple les Jeux de Séoul en 1988. Néanmoins le climat coréen était alors à la détente et au retour à la démocratie bien avant les Jeux. Comme le prouve la récente condamnation pour "subversion" d'un Chinois de 52 ans à cinq ans de prison à la suite de la publication d'une pétition réclamant les droits de l'Homme et non les Jeux, l'ouverture de la Chine est loin d'être une réalité. Quant à l'utopie d'un dialogue entre les athlètes, les visiteurs et les Chinois il est utile de rappeler que lors du Mundial Argentin de 1978, les européens une fois arrivés à Buenos Aires oublièrent opportunément les questions qui fâchaient sur la torture.

Au delà de ces questions purement politiques, il convient aussi de se demander "Quels Jeux voulons-nous?". Théoriquement, dernier espace protégé du sport-business, les Jeux franchissent en Chine une marche dangereuse. Quid de la crédibilité sportive de la natation olympique dont les finales se dérouleront dans la matinée pour s'accommoder aux désidératas de NBC, principal bailleur de fonds du C.I.O. . Si Phelps et ses petits camarades peuvent courir le matin, pourquoi ne pas adapter le programme des Jeux en fonction du décalage horaire? La piste est tentante pour le mouvement olympique alors les autres fédérations sportives ont depuis longtemps franchis le pas: les sports auto en nocturne lors des épreuves asiatiques en est le meilleur exemple.
De plus, le sport chinois s'est déjà à de nombreuses reprises signalé par des comportements très douteux sur le plan du dopage. A la suite d'un gigantesque travail de détection effectué depuis sept ans, elle a certes trouvé des athlètes performants dans tous les sports mais la culture du secret sur les méthodes d'entrainement laissent songeurs. La présomption d'innocence existe mais alors que chaque performance semble suspecte, Pékin 2008 ne devrait pas se distinguer par la sérénité et la transparence.

S'il est trop tard pour envisager un boycott des Jeux, pourquoi ne pas envisager que les athlètes marquent leur désapprobation par un signe distinctif ou ne se présentent pas aux cérémonies officielles? Le monde sportif est-il trop sourd pour cela?

Aucun commentaire: