mardi 8 avril 2008

Tout feu tout flamme


Quelle mouche a donc frappé Robert Ménard de vouloir ainsi profaner le sanctuaire de la flamme olympique? Que connaît-il du sport cet homme la?
Le passage de la flamme à Paris aura été l'occasion d'une belle empoignade entre les pro et les anti. Pro-chinois contre pro-tibétains (donc un peu anti-chinois), pro-boycott contre anti-boycott, pro-droit de l'homme en tous genre et les anti-J.O. tout court. Et quel suspens permanent! Eteinte, rallumée, à feu doux et même dans un bus la pauvre torche sera passée par tous les états.
Si la flamme est partie outre-Atlantique (à San Francisco, ville docile par excellence...) les cendres sont encore chaudes et brulantes. Bas les masques, en confiant aux chinois l'organisation du passage de la flamme le C.I.O. a exposé aux monde entier les difficultés qu'il rencontre et a accentué la fracture entre les athlètes et l'organisation olympique. L'idée de redonner les Jeux aux athlètes revient une fois de plus sur le tapis. Le comité d'organisation chinois a été façonné par le parti communiste et les sportifs ne sont que portion congrue. Sebastian Coe, président du comité d'organisation de Londres 2012 peut se payer le luxe de parler de "voyous" à propos des officiels chinois accompagnant la flamme. Encore une fois, le PC chinois voit dans les Jeux une opération de propagande à l'échelle mondiale et il doit tout faire pour protéger son image. Les témoignages affluent à propos d'officiels chinois paranoïaques lors du passage de la flamme à Paris.
Les officiels olympiques ont beau jeu de préciser que la flamme et les sportifs sont un symbole de paix et doivent être préservés. La flamme depuis quelques éditions olympiques a été utilisée à des fins politiques. Les exemples les plus marquants sont ceux des Jeux d'Atlanta et de Sydney. A Atlanta en 1996, c'est Mohammed Ali atteint par la maladie de Parkinson qui avait allumé la vasque. Quelques semaines auparavant, il avait récupéré sa médaille d'or obtenue à Rome dont il s'était séparé après sa suspension par le comité olympique américain. A Atlanta, ville du sud, l'apparition d'un Noir avec la flamme olympique fut l'image forte des Jeux. Huit ans plus tard, le dernier relayeur de la flamme à Sydney était Cathy Freeman athlète aborigène symbole de la repentance. On imagine mal le Dalaï-Lama être le dernier porteur de la flamme!
Une petite remarque pour conclure. Que penser des athlètes porteurs de la torche? Depuis 24 heures, ils multiplient les déclarations de bonne volonté et chargent les autorités chinoises. Cependant, on remarque que personne ne fit preuve de courage en refusant de participer au relais de la flamme: pas facile de refuser un évènement organisé par les sponsors olympiques...

lundi 31 mars 2008

Ils ont vu le loup


Ils sont touchants tous ceux qui depuis samedi soir hurlent au scandale, à la honte. Honte à toi honni football. Une fois de plus les voyous s'emparent des stades, endroit de perdition ou règne la terreur et la haine. Il faut aller voir les Lensois, le patron de café qui se sent insulter, il faut écouter le député maire de Lens annoncer qu'il va porter plainte contre ces barbares. Arrêtons les frais et rappelons quelques faits.

Choquant?

Oui, sans aucun doute. C'est affreux, sale et méchant. Et après? Ce genre de banderole existe dans tous les stades de France depuis des années et pourtant jusqu'ici personne ne s'était révolté. Ces banderoles ne sont pas destinées à attirer l'attention, explication facile. C'est simplement bête et surement trop pour les salons capitonnés ou l'on dénonce de tels actes. Une blague de mauvais gout n'a jamais connu une telle publicité . Pourtant, Paris n'a pas le monopole du con, le virage lyonnais s'est ainsi illustré il y a quelques années avec une banderole destinés aux stéphanois : "Pendant que vos grands pères se tuaient dans les mines, les nôtres inventaient le cinéma". Les exemples s'accumulent de propos déplacés sans que les autorités ne soient intervenus. Néanmoins, dans ce cas là, faut-il interdire aux Parisiens de qualifier chaque club de province de "paysans". Certes, l'intelligence humaine n'est pas flattée mais désormais faut-il mettre répertorier chaque comportement insultant et s'indigner?
NB: j'exclus de tous ces commentaires les actes racistes.

Responsable, pas coupable?

Voila une nouvelle fois les Parisiens impliqués dans un fait d'arme peu glorieux. On ressort une nouvelle fois les poncifs sur le Parc des Princes et la tribune Boulogne. Le passé du kop de Boulogne ne plaide pas pour lui et alors que les responsables sont inconnus, les médias ont une trop belle fenêtre pour relancer la polémique. Cependant, et avec les précautions nécessaires, il faut préciser que les membres de Boulogne se sont rapidement désolidarisés de cette banderole tous comme de nombreux supporters parisiens. Le travail réalisé par le club parisien depuis les incidents à la suite du match face à Tel-Aviv ne doit pas être remis en cause. Purger une tribune de ses moutons noirs est très long. Sanctionner sportivement le PSG serait une grave erreur. A la différence de "l'Affaire Ouaddou",la responsabilité de la sécurité du stade samedi soir était assurée par la Ligue Nationale de Football et non par le club parisien. De plus, mettre en péril l'avenir sportif à court terme du club ne ferait que ruiner la politique du club parisien et faire fuir le noyau sain de soutien au club. En revanche, pour les mauvais garçons qui suivent Paris, descendre en Ligue 2 ne serait qu'un contretemps. Ce noyau ne va pas au stade pour le sport, à Boulogne on vient au stade pour se défouler et à un niveau inférieur les moutons noirs resteront dans les tribunes.

Le modèle anglais

A chaque incident concernant les supporters en France, les médias ressortent la plus belle image d'Epinal: le football anglais. Gangréné par le hooliganisme le football anglais a su passer en 15 ans du statut de paria à celui de modèle du football européen. La méthode fut assez simple, et économiquement imparable, l'augmentation du prix des billets ( au minimum doublé) a balayé les cols bleus des stades et entrainé l'arrivée de la classe moyenne dans les stades. Le supporter de base suit désormais son équipe favorite dans son salon et ne s'offre que quelques matchs par saison auprès de son équipe. Néanmoins, s'embourgeoiser a un prix. Old Trafford sonne désormais bien creux et on a du mal à croire les récits vieillis de marée humaine qui terrifiaient les visiteurs. De plus, le hooliganisme n'en a pas pour autant disparu. Chaque déplacement d'une équipe anglaise donne lieu à des incidents. En 2007 et en l'espace de un mois, les fans de Manchester United ont eu par deux fois des comportements violents à Lille et à Rome. Seule l'habileté médiatique de Sir Alex Ferguson a évité aux mancuniens une sanction. Il semble encore difficile d'admettre que l'ultra ne soit pas cadre sup'. Le football populaire et des tribunes "vivantes" ont un prix.

jeudi 27 mars 2008

Guga offre une tournée


Sans conteste on peut le qualifier de "vieilli,usé,fatigué". A 32 ans, il a la hanche d'un octogénaire. Depuis près de cinq ans, il se bat pour retrouver une condition physique et le simple plaisir de jouer au tennis. Au vu de ses souffrances, il sait qu'il entame sa dernière saison. Et pourtant, Guga Kuerten ne quitte pas son légendaire sourire et sa bonne humeur. Il se voit déjà revenir en Europe pour toucher terre, La terre. Monte Carlo et Hambourg avant de revenir chez lui, Porte d'Auteuil.
Il sait qu'il peut espérer au mieux passer un seul tour à Roland Garros mais la seule envie de retrouver le public le transcende et agit comme un anti-douleur. Quelle plus belle porte de sortie que le Central de Roland Garros où il a déjà triomphé trois fois? Quelques matchs homériques l'ont fait passé du stade du sportif au stade du champion. En 2004, peinant pour retrouver son niveau et handicapé par sa hanche , il avait renvoyé à ses études Roger Federer tout frais numéro 1 mondial.
Rêvons un peu en attendant d'un Federer-Kuerten et de voir Guga partir sa guitare à la main se reposer sur son ile de Florianopolis au Brésil. Adeus campeão.

mercredi 26 mars 2008

The voice

Ce matin, j'ai pris un coup de vieux. J'ai découvert que les voix étaient de simples mortels. Gilardi est parti et avec lui une partie de notre jeunesse sportive.
Le sport à la télé est un cérémonial avec ses rites, ses codes, ses passages obligés et ses inévitables prêtres. On suit alors les prêches enflammés et on garde précieusement dans ses archives les plus beaux sermons.
Désormais un des prêtres est parti, et l'amateur de sport est chamboulé. On comprend, depuis notre vingtaine à peine sonnée ce que représentaient Couderc, Chapatte et Zitrone pour les plus de 50 ans. On passera pour des vieux cons, des illuminés à dire: "Tu connais pas toi Gilardi?"...

La bonne combine


En battant 3 records du monde en 3 jours, donc le plus vieux record de la natation masculine Alain Bernard a signé une énorme performance mais aussi soulevé pas mal de questions.
Sur le plan du dopage, le nageur d'Antibes peut se prévaloir d'une progression régulière et il faut rappeler qu'à l'été 2007 il s'était approché du record de Van den Hoogenband en signant la deuxième marque sur 100 m de tous les temps.
Plus embarassante est la question du matériel. Depuis l'apparition des combinaisons (peu avant les Jeux de Sydney en 2000) la natation connait une flambée de records que dopages ou générations exceptionnelles ne sauraient expliquer. La nouvelle combinaison produite par Speedo procure aux nageurs une flottaison en amélioration très nette. On touche ainsi les limites "éthiques" de la natation. Dans les toutes prochaines semaines, avec notamment les sélections américaines ( fin juin) et la présence de Coughlin et Phelps deux nageurs équipés en Speedo et chasseurs de records, on saura si la natation va s'orienter vers une course à l'armement en matière d'équipements. Seulement à près de cent jours des Jeux, l'avance technologique de Speedo semble telle que le principal concurrent Arena ne saurait pas offrir à ses nageurs l'arme pour riposter.
La natation deviendrait-elle un sport mécanique?

A lire à ce propos: http://www.lemonde.fr/sports/article/2008/03/24/alain-bernard-nageur-de-tous-les-records_1026780_3242.html#ens_id=1025737

mardi 25 mars 2008

Jeux dangereux?



En être ou pas? Avoir confiance dans le sport pour délier les langues, éveiller les consciences et dérider le régime chinois?
A cinq mois des J.O. le monde sportif se retrouve interpellé à propos d'un thème qu'il ne maitrise pas et dont il préfère se protéger. Quelques pistes de réflexion.

En juillet 2001 lorsque le C.I.O. attribue les Jeux à Pékin, Jacques Rogge fraichement élu à la tête du mouvement olympique affirme qu'il interviendra dès que les libertés fondamentales seront remises en cause par les autorités chinoises. Sept ans plus tard, il doit composer avec l'héritage du Marquis Samaranch qui désireux de marquer un peu plus l'histoire de l'olympisme avait choisi de confier les Jeux à la Chine jusque là ignorée par les grandes compétitions sportives. Malheureusement, dans une institution monolithique dont les us et coutumes s'accordent mal avec les pratiques démocratiques, Rogge s'est vu contrer par la réalité comptable du C.I.O. pour qui les Jeux à Pékin représente une manne financière colossale. L'attitude actuelle du Président Rogge tranche avec l'espoir de renouveau qu'il représentait en 2001.

Les opposants au boycott affirment que les Jeux donnent à la Chine un moyen d'ouverture et citent en exemple les Jeux de Séoul en 1988. Néanmoins le climat coréen était alors à la détente et au retour à la démocratie bien avant les Jeux. Comme le prouve la récente condamnation pour "subversion" d'un Chinois de 52 ans à cinq ans de prison à la suite de la publication d'une pétition réclamant les droits de l'Homme et non les Jeux, l'ouverture de la Chine est loin d'être une réalité. Quant à l'utopie d'un dialogue entre les athlètes, les visiteurs et les Chinois il est utile de rappeler que lors du Mundial Argentin de 1978, les européens une fois arrivés à Buenos Aires oublièrent opportunément les questions qui fâchaient sur la torture.

Au delà de ces questions purement politiques, il convient aussi de se demander "Quels Jeux voulons-nous?". Théoriquement, dernier espace protégé du sport-business, les Jeux franchissent en Chine une marche dangereuse. Quid de la crédibilité sportive de la natation olympique dont les finales se dérouleront dans la matinée pour s'accommoder aux désidératas de NBC, principal bailleur de fonds du C.I.O. . Si Phelps et ses petits camarades peuvent courir le matin, pourquoi ne pas adapter le programme des Jeux en fonction du décalage horaire? La piste est tentante pour le mouvement olympique alors les autres fédérations sportives ont depuis longtemps franchis le pas: les sports auto en nocturne lors des épreuves asiatiques en est le meilleur exemple.
De plus, le sport chinois s'est déjà à de nombreuses reprises signalé par des comportements très douteux sur le plan du dopage. A la suite d'un gigantesque travail de détection effectué depuis sept ans, elle a certes trouvé des athlètes performants dans tous les sports mais la culture du secret sur les méthodes d'entrainement laissent songeurs. La présomption d'innocence existe mais alors que chaque performance semble suspecte, Pékin 2008 ne devrait pas se distinguer par la sérénité et la transparence.

S'il est trop tard pour envisager un boycott des Jeux, pourquoi ne pas envisager que les athlètes marquent leur désapprobation par un signe distinctif ou ne se présentent pas aux cérémonies officielles? Le monde sportif est-il trop sourd pour cela?